Andro Wekua

Untitled, 2010–2011

© Collection FRAC Nord-Pas de Calais, Dunkerque, © D.R

Mannequin de cire et structure aluminium et bois

118 × 83 × 57 cm  (statue)

Français

DIS-MOI VOIR


Commissaire : Catherine Millet

24.09.16 – 31.12.16, Dumercredi au dimanche de 12h à 18h

Vernissage le samedi 24 septembre à 17h

FRAC/AP2


Avec : Carl Andre, Gilles Barbier, Robert Barry, Jean-sylvain Bieth, Günther Brus, Victor Burgin, Gérard Duchêne, Luciano Fabro, Maddalena Fragnito de Giorgio, Rodney Graham, Martjin In’t Veld, Donald Judd, On Kawara, Jean le Gac, Henri Michaux, Bernard Rancillac, Allen Ruppersberg

 

Catherine Millet, critique d’art, écrivain, directrice de la rédaction de la revue artpress, sélectionne des œuvres dans les collections du Frac Nord-Pas de Calais et du LAAC de Dunkerque afin de confronter les domaines de l’art et de la littérature. Allen Ginsberg, Sigmund Freud, Dante rencontrent ici entre autres Luciano Fabro, Carl André dans une conversation entre formes et écritures.


Pendant longtemps, poésie et peinture ont été comme deux sœurs, tantôt complices, tantôt rivales. La fameuse expression latine « ut pictura poesis » fait de la peinture le modèle de la poésie, tandis qu’à d’autres moments, c’est la peinture qui doit se montrer aussi éloquente que la poésie. Raphael représente le Parnasse sur un mur du Palais du Vatican et Poussin peint le poète sous l’emprise de l’inspiration.

 

Jusqu’au vingtième siècle, au cours duquel, revendiquant son autonomie, l’art prétend consommer la rupture. Matisse conseille au jeune peintre de « commencer pas se couper la langue » et l’abstraction jette l’anathème sur la moindre suggestion narrative. Mais l’expression du langage parlé, qui marque une insistance, « dis-moi voir … », révèle à quel point la langue, pour bien communiquer, ne saurait se passer de la vision. Riche en œuvres qui se situent dans une plus ou moins étroite proximité avec la littérature, le FRAC Nord-Pas de Calais présente une sélection qui englobe toutes les tendances de l’art moderne et contemporain, et permet d’apprécier ce qu’il en est, aujourd’hui, de cette relation capricieuse.

 

Les artistes-poètes, aussi reconnus pour leur talent et leurs expériences poétiques que pour leurs recherches plastiques, et parmi lesquels se trouvent des personnalités aussi contrastées que celles d’Henri Michaux, de Günter Brus, Carl Andre et Gérard Duchêne.

 

Les artistes-lecteurs dont l’œuvre est nourrie par le roman — Jean Le Gac —, ou envahie par le récit mental mis au jour par la psychanalyse — Gilles Barbier —. Une œuvre qui interroge l’écrit au travers des images, ou de sa transcription par le dessin ou dans d’inattendus matériaux — Victor Burgin, Luciano Fabro, Jean-Sylvain Bieth —.

 

Les artistes-solidaires du poète : Allen Ruppersberg défend l’œuvre censurée d’Allen Ginsberg et Bernard Rancillac prouve que le réprouvé est une icône.  

 

Enfin, on ne saurait dresser ce panorama sans prendre en compte les œuvres qui font résolument barrage à la littérature : On Kawara dont les Date Paintings et les coupures de journaux disent tout du monde où il vécut, rien de sa vie ; Martijn In’Veld qui évoque On Kawara à travers d’autres dates ; Alighiero Boetti dont le stylo à bille produit… des monochromes d’où ne surgissent que des virgules ; Maddalena Fragnito de Giorgio qui empile les livres en une instable colonne ; Donald Judd enfin, théoricien de l’art minimal, dont la sculpture n’expose rien d’autre que la pure logique des formes. Mais Rodney Graham démontre que cette sculpture pourrait bien servir d’étagère pour les œuvres complètes du grand pourvoyeur de récits que fut Sigmund Freud. Le retour du refoulé en quelque sorte.

 

Catherine Millet.


Dossier de presse