Andro Wekua

Untitled, 2010–2011

© Collection FRAC Nord-Pas de Calais, Dunkerque, © D.R

Mannequin de cire et structure aluminium et bois

118 × 83 × 57 cm  (statue)

Français

Rainier Lericolais
Le Son des Dunes

© DR


C’est le travail sur la mémoire enregistrée, notamment dans les productions musicales de Rainier Lericolais, qui a soulevé l’intérêt du Frac Nord-Pas de Calais en vue d’une création pour l’ouverture du FRAC/AP2. Le souhait était qu’il aborde la ville de Dunkerque dans une composition musicale s’adressant à tous les publics.

 

Sa création fut produite telle un «laboratoire d’expérimentation musicale», et oscille entre le livre lu, la musique concrète et l’hörspiel. L’expérience se déplace alors du côté du visiteur, acteur de son parcours – puisque libre du chemin précis qu’il emprunte entre le FRAC/AP2 et le LAAC (Lieu d’Art et d’Action Contemporaine) – et acteur de son écoute – par le choix, ou non, de la lecture aléatoire, et par celui de la langue. Peut-être que celui-ci en retiendra la date du 25 juin 1658 – date historique productrice de sens encore aujourd’hui à travers cette musique – ou s’imprègnera du son du carillon du Beffroi de Dunkerque, se remémorera «God Save the Queen» des Sex Pistols ou se plaira à imaginer la voix de Jean Bart. 

 

En effet, suite à la recherches d’archives, et à l’aide de «field recordings» réalisés à Dunkerque, en Belgique, au Japon ou encore en Chine, sont évoquées dans cette création, les activités propres à la Ville de Dunkerque (le Carnaval, les Ateliers et Chantiers de France), son Histoire (la guerre, le personnage de Jean Bart), ses bruits caractéristiques (le vent, la mer), les institutions impliquées dans le projet (le Frac et le LAAC) mais aussi des relations directes ou indirectes instaurées par l’artiste 
(le Japon, la musique industrielle).

 

En partant de cette journée du 25 juin 1658 durant laquelle les habitants de Dunkerque furent successivement de trois nationalités différentes (espagnols le matin, français le midi et anglais le soir), Rainier Lericolais se joue de la notion de frontière, au sens des limites géographique et temporelle alors piliers de l’Histoire, pour finalement raconter, à partir de la réalité des faits, une histoire, un récit, 
une narration. 

 

A travers l’exploration de la mémoire de Dunkerque, il évoque ainsi l’Ailleurs,  en laissant pourtant le visiteur libre d’en trouver sa propre interprétation. Ayant déjà fait référence à une idée de l’écrivain et cinéaste français Chris Marker comme base du processus de création de son œuvre, idée selon laquelle c’est en étant loin que l’on parle le mieux du pays d’où l’on vient, Rainier Lericolais a ici réussi à faire émaner de cette musique un intéressant contrepoint: c’est en parlant d’un lieu que l’on se dirige le mieux vers l’Ailleurs…

 

Le Son des Dunes est une alliance spécifique de compositions musicales et de prises de parole d’une durée d’environ quarante cinq minutes, que le visiteur sera amené à apprécier entre le FRAC/AP2 et le LAAC.
Il créé ainsi sa propre trace dans une mémoire collective.  



Né en 1970 à Châteauroux, Rainier Lericolais est un artiste français vivant et travaillant à Paris.

 

Son œuvre peut paraître formellement hétéroclite, en tout cas elle révèle un goût certain pour l’exploration voire même l’hybridation. L’ensemble de sa production se trouve pourtant liée par deux intérêts majeurs : le dessin et la musique. Tout en les jugeant complémentaires en théorie comme parfois autonomes en pratique, ce plasticien et musicien électroacoustique a souvent utilisé ces éléments pour aborder les thèmes de l’empreinte (Tentative de moulage d’eau présentée dernièrement dans l’exposition collective «Mémoires vives» par le Frac Aquitaine et le Pôle d’archives de Bayonne et du Pays Basque; série Abstracks constituée de collages d’empreintes de disques vinyles moulés dans du plastique) et de l’écriture (visuelle, comme dans les dessins intitulés Perroquets, ou musicale, comme pour
12 bruits de fond(s) réalisés à l’occasion de la réouverture du LaM à Villeneuve d’Ascq), et, par extension, la notion de mémoire enregistrée. Il avoue d’ailleurs apprécier les lieux possédant une vraie histoire, une histoire qu’il peut alors questionner, voire «sampler» à l’aide de sa propre mémoire, de celle des habitants ou encore à l’aide des travaux d’autres artistes qui influencent sa pratique.

 

Son travail expérimental touchant tout autant ses productions graphiques que ses productions musicales, est basé sur une recherche raisonnée de liens logiques tout comme sur une quête fortuite de liens personnels, l’important étant toujours que le public s’étonne pour se dessiner alors une lecture intuitive et sensationnelle de l’œuvre.